Qu’elle est la signification des runes vikings ?

Nous vous pr√©sentons √† travers cette page l’histoire et la signification des runes vikings. Vous pouvez aller sur la page d√©di√©e aux Runes vikings si vous souhaitez avoir plus de d√©tail sur chacun des symboles et sur cette partie mythologique.

Cette section pr√©sente une br√®ve description de la signification des runes vikings de l’Ancien Futhark. Les significations donn√©es sont bas√©es sur les po√®mes runiques m√©di√©vaux exclusivement. Lorsque nos connaissances actuelles ne sont pas assez √©tendues pour donner une explication dont on peut √™tre raisonnablement certain, la signification est laiss√©e inexpliqu√©e ou seulement partiellement expliqu√©e. Ce sujet du Guide de la Voyance vous est d√©di√© si vous √™tes un grand curieux amoureux de cette √©pop√©e guerri√®re et mystique de l’√Ęge des vikings et des runes qui les ont suivi.

Introduction des runes vikings

Les premiers syst√®mes d’√©criture d√©velopp√©s et utilis√©s par les peuples germaniques √©taient des alphabets runiques. Les runes fonctionnaient comme des lettres mais elles √©taient beaucoup plus que de simples lettres dans le sens o√Ļ nous comprenons aujourd’hui les termes. Chaque rune √©tait un symbole id√©ographique ou pictographique d’un principe ou d’un pouvoir cosmologique, et √©crire une rune, c’√©tait invoquer et diriger la force qu’elle repr√©sentait. En effet, dans toutes les langues germaniques, le mot “rune” (du proto-germanique *runo) signifie √† la fois “lettre” et “secret” ou “myst√®re”, et sa signification originale qui est probablement ant√©rieure √† l’adoption de l’alphabet runique, peut avoir √©t√© simplement un “message √©touff√©”.

Chaque rune avait un nom qui faisait allusion √† la signification philosophique et magique de sa forme visuelle et du son qu’elle repr√©sente qui √©tait presque toujours le premier son du nom de la rune. Par exemple, la T-rune, appel√© *Teiwaz dans la langue proto-germanique, est nomm√© d’apr√®s le dieu Teiwaz (connu sous le nom de Tyr √† l’√Ęge Viking). Teiwaz √©tait per√ßu comme une demeure dans le ciel diurne et, par cons√©quent, la forme visuelle de la T-rune est une fl√®che point√©e vers le haut (ce qui fait s√Ľrement aussi allusion au r√īle martial du dieu). La T-rune √©tait souvent sculpt√©e en tant qu’id√©ogramme autonome, ind√©pendamment de l’√©criture d’un mot particulier dans le cadre de sorts lanc√©s pour assurer la victoire au combat.

Les alphabets runiques sont appel√©s “futharks” apr√®s les six premi√®res runes (Fehu, Uruz, Thurisaz, Ansuz, Raidho, Kenaz), de la m√™me mani√®re que le mot “alphabet” vient des noms des deux premi√®res lettres s√©mitiques (Aleph, Beth). Il y a trois futharks principaux : le Futhark ancien de 24 caract√®res, le premier alphabet runique enti√®rement form√© dont le d√©veloppement avait commenc√© au premier si√®cle de notre √®re et s’√©tait achev√© avant l’an 400. Et le Futhark plus jeune de 16 caract√®res qui a commenc√© √† s’√©carter du Futhark plus √Ęg√© vers le d√©but de l’√®re Viking (c). 750 CE) et qui a fini par remplacer cet alphabet plus ancien en Scandinavie.

Puis pour finir le Futhorc √† 33 caract√®res anglo-saxon qui s’est progressivement modifi√© et s’est ajout√© √† l’Elder Futhark en Angleterre. Sur certaines inscriptions, les vingt-quatre runes de l’Ancien Futhark √©taient divis√©es en trois a√®tes (Vieux Norv√©gien, “familles”) de huit runes chacune mais dont la signification des runes de cette division est malheureusement inconnue.

Les runes √©taient traditionnellement grav√©es sur la pierre, le bois, l’os, le m√©tal ou une surface dure similaire plut√īt que dessin√©es √† l’encre et √† la plume sur du parchemin. C’est ce qui explique leur forme tranchante et angulaire. Une grande partie de notre connaissance actuelle des significations des runes vikings que les anciens peuples germaniques attribuent aux runes proviennent des trois “po√®mes runes”, des documents d’Islande, de Norv√®ge et d’Angleterre qui fournissent une courte strophe sur chaque rune dans leurs Futharks respectifs (le jeune Futhark est trait√© dans les po√®mes runes islandais et norv√©gien, tandis que le Futhorc anglo-saxon est discut√© dans le po√®me de la vieille rune anglaise).

Les origines de la signification des runes vikings

Alors que les runologues discutent de nombreux d√©tails sur les origines historiques de l’√©criture runique, il existe un large consensus sur un plan g√©n√©ral. Les runes sont pr√©sum√©es d√©riv√©es de l’un des nombreux alphabets italiques anciens en usage chez les peuples m√©diterran√©ens du premier si√®cle de notre √®re qui vivaient au sud des tribus germaniques. Les symboles sacr√©s germaniques ant√©rieurs, tels que ceux conserv√©s dans les p√©troglyphes du nord de l’Europe, ont probablement eu une influence sur le d√©veloppement de l’√©criture.

L’inscription la plus ancienne possiblement runique se trouve sur la broche Meldorf qui a √©t√© fabriqu√©e dans le nord de l’Allemagne moderne vers l’an 50 de notre √®re. L’inscription est cependant tr√®s ambigu√ę et les √©rudits sont divis√©s sur la question de savoir si ses lettres sont runiques ou romaines. Les premi√®res inscriptions runiques non ambigu√ęs se trouvent sur le peigne de Vimose de Vimose, au Danemark, et sur le fer de lance √ėvre Stabu du sud de la Norv√®ge, qui datent toutes deux d’environ 160 de notre √®re. La premi√®re sculpture connue de l’ensemble du Futhark, dans l’ordre, est celle de la pierre de Kylver de Gotland, en Su√®de, qui date d’environ 400 de notre √®re.

La transmission de l’√©criture du sud de l’Europe vers le nord de l’Europe s’est probablement faite par l’interm√©diaire des bandes de guerre germaniques, l’institution militaire dominante du nord de l’Europe de l’√©poque, qui auraient rencontr√© l’√©criture italienne de premi√®re main au cours de campagnes parmi leurs voisins du sud. Cette hypoth√®se est soutenue par l’association que les runes sont toujours apparues avec le dieu Odin, qui, dans la p√©riode proto-germanique, sous son nom original *Wo√įanaz, √©tait le mod√®le divin du chef de bande de guerre humain et le patron invisible des activit√©s de la bande de guerre.

L’historien romain Tacite nous dit qu’Odin (“Mercure” dans l’interpretatio romana) √©tait d√©j√† √©tabli comme le dieu dominant dans les panth√©ons de nombreuses tribus germaniques au premier si√®cle. Que les runes vikings et le culte d’Odin aient surgi ensemble ou que ce dernier soit ant√©rieur au premier n’a que peu d’importance pour nos objectifs ici. Comme le note Georges Dum√©zil, √©minent chercheur indo-europ√©en :

Si Odin √©tait le premier et toujours le plus haut magicien, nous nous rendons compte que les runes, aussi r√©centes soient-elles, seraient tomb√©es sous son emprise. Nouveaux outils particuli√®rement efficaces pour les Ňďuvres magiques, ils deviendraient par d√©finition et sans contestation une partie de son domaine. …. Odin aurait pu √™tre le m√©c√®ne, le possesseur par excellence de ce redoutable pouvoir du secret et de la connaissance secr√®te, avant que le nom de cette connaissance ne devienne le nom technique des signes phon√©tiques et magiques venus des Alpes ou d’ailleurs, mais sans perdre son sens ancien, plus large.

Du point de vue des anciens peuples germaniques eux-m√™mes, cependant, les runes ne provenaient d’aucune source aussi banale qu’un alphabet italique ancien. Les runes n’ont jamais √©t√© “invent√©es”, mais sont au contraire des forces √©ternelles, pr√©existantes qu’Odin lui-m√™me a d√©couvertes en subissant une terrible √©preuve. Ce conte nous est parvenu dans le vieux po√®me nordique H√°vam√°l (“Les paroles du Grand”) :

Je sais que j’ai accroch√©
Sur l’arbre grill√© par le vent
Toutes les nuits neuf,
Percé par ma lance
Et donné à Odin,
Je me suis sacrifié à moi-même.
Sur ce poteau
Dont aucun n’est au courant
L√† o√Ļ ses racines courent.

Je n’ai re√ßu aucune aide,
Même pas une gorgée de la corne.
Jeter un coup d’Ňďil,
J’ai pris les runes
En criant, je les ai saisis
Puis je suis retombé de là.

L’arbre dont Odin est lui-m√™me suspendu n’est s√Ľrement rien d’autre qu’Yggdrasil, l’arbre du monde au centre du cosmos germanique dont les branches et les racines d√©tiennent les neuf mondes. Directement en dessous de l’arbre du monde se trouve le Puits d’Urd, qui contient la totalit√© du pass√© dans ses profondeurs, et est donc une source de sagesse incroyable. Les runes elles-m√™mes semblent avoir leur habitat d’origine dans ses eaux. Ceci est √©galement sugg√©r√© par un autre po√®me scandinave, le V√∂lusp√° (“Insight of the Seeress”) :

Il y a une cendre appelée Yggdrasil,
Un arbre puissant arrosé de grêle blanche.
De là viennent les rosée qui tombent dans les vallées.
Il est toujours vert au-dessus du puits d’Urd.

De là viennent les jeunes filles, très sages,
Trois du lac qui se trouve sous le poteau.
L’un s’appelle Urd, un autre Verdandi,
Skuld le troisi√®me ; ils sculptent dans l’arbre.
La vie et le destin des enfants.

Ces “trois jeunes filles” sont les Norns et leurs sculptures sont s√Ľrement une trace de la signification des runes vikings. Nous avons donc une association claire entre le Puits d’Urd. Les runes et la capacit√© de fa√ßonner le cours de la destin√©e. L’une des t√Ęches les plus importantes de la magie germanique.

Vraisemblablement, apr√®s qu’Odin ait d√©couvert les runes en se sacrifiant rituellement √† lui-m√™me et en je√Ľnant pendant neuf jours tout en regardant dans les eaux du Puits d’Urd, c’est lui qui a donn√© les runes vikings aux premiers ma√ģtres de course humains. Son sacrifice paradigmatique a probablement √©t√© symboliquement imit√© lors des c√©r√©monies d’initiation au cours desquelles le candidat a appris le lor.

Philosophie runique et magie

Dans la vision du monde germanique pr√©-chr√©tienne, la parole poss√®de des pouvoirs cr√©atifs terriblement forts. Comme le note Catharina Raudvere, √©rudit scandinave, “La prononciation des mots a √©t√© reconnue comme ayant une influence consid√©rable sur les pr√©occupations de la vie. L’impact d’une phrase prononc√©e √† haute voix ne pouvait pas √™tre remis en question et ne pouvait jamais √™tre repris comme si elle √©tait devenue physique d’une mani√®re ou d’une autre…

Les mots cr√©ent la r√©alit√© et non l’inverse”. Il s’agit dans un sens important d’une anticipation de la philosophie du langage avanc√©e par le philosophe allemand Martin Heidegger dans son essai s√©minal Language. Pour Heidegger, le langage est un √©l√©ment structurant et incontournable de la perception. Les mots ne refl√®tent pas seulement notre perception du monde. Nous percevons et exp√©rimentons le monde de la mani√®re particuli√®re que notre langue exige de nous. Penser en dehors de la langue est litt√©ralement impensable parce que toute pens√©e a lieu √† l’int√©rieur de la langue d’o√Ļ les pouvoirs cr√©atifs inh√©rents et divins des mots. Dans la soci√©t√© germanique traditionnelle, exprimer une pens√©e c’est faire en sorte que cette pens√©e fasse partie du tissu de la r√©alit√© en modifiant la r√©alit√© en cons√©quence peut-√™tre pas absolument, mais dans une mesure importante.

Chacune des runes repr√©sente un phon√®me. La plus petite unit√© de son dans une langue, comme “t”, “s”, “r”, “r”, etc. et en tant que tel est une transposition d’un phon√®me en une forme visuelle.

La plupart des linguistes modernes tiennent pour acquis que la relation entre le signifi√© (la r√©alit√© concr√®te √† laquelle se r√©f√®re un mot) et le signifiant (les sons utilis√©s pour vocaliser ce mot) est arbitraire. Cependant, une minorit√© de linguistes embrassent une th√©orie oppos√©e connue sous le nom de “phonos√©mantique” : l’id√©e qu’il y a, en fait, un lien significatif entre les sons qui composent un mot et le sens du mot. En d’autres termes, le phon√®me lui-m√™me a une signification inh√©rente. La signification du mot “√©pine”, par exemple, d√©rive en grande partie de la signification combin√©e des phon√®mes “th”, “o”, “r” et “n”.

La vision phonos√©mantique du langage est en accord avec la vision traditionnelle de l’Europe du Nord o√Ļ ” les mots cr√©ent la r√©alit√©, et non l’inverse “. Les runes, en tant que transpositions de phon√®mes apportent les pouvoirs cr√©atifs inh√©rents √† la parole dans un m√©dium visuel. Nous avons d√©j√† not√© que le mot “rune” ne signifie “lettre” que secondairement et que la premi√®re signification des runes vikings est “secret” ou “myst√®re”. Le myst√©rieux pouvoir animiste myst√©rieux port√© par le phon√®me lui-m√™me. Nous devons aussi nous souvenir de l’√©preuve qu’Odin a entreprise pour d√©couvrir les runes vikings. Personne ne serait pendu √† un arbre sans nourriture ni eau pendant neuf jours et neuf nuits, rituellement bless√© par sa propre lance afin d’obtenir un ensemble de signifiants arbitraires.

Avec les runes, la perspective phonos√©mantique prend une couche suppl√©mentaire de signification. Non seulement la relation entre la d√©finition d’un mot et les phon√®mes qui le composent a un sens intrins√®que mais la relation entre un phon√®me et sa repr√©sentation graphique a √©galement un sens intrins√®que.

Ainsi, les runes vikings n’√©taient pas seulement un moyen de favoriser la communication entre deux ou plusieurs humains. √Čtant des symboles intrins√®quement significatifs qui pourraient √™tre lus et compris par au moins certains √™tres nonhumains, ils pourraient faciliter la communication entre l’humanit√© et les puissances invisibles qui animent le monde visible fournissant la base d’une pl√©thore d’actes magiques.

Dans les versets du V√∂lusp√° cit√©s plus haut, nous voyons que la sculpture des runes est l’un des principaux moyens par lesquels les Norns √©tablissent le cadre initial de la destin√©e de tous les √™tres (l’autre m√©thode la plus souvent cit√©e √©tant le tissage). √Čtant donn√© que la capacit√© de modifier le cours du destin est l’une des pr√©occupations centrales de la magie germanique traditionnelle, il n’est pas surprenant que les runes vikings, en tant que moyen extr√™mement puissant de r√©orienter le destin, et en tant que symboles intrins√®quement significatifs, √©taient par nature magiques. C’est une d√©claration controvers√©e √† faire de nos jours puisque certains chercheurs insistent sur le fait que bien que les runes aient parfois √©t√© utilis√©es √† des fins magiques, elles n’√©taient pas, en elles-m√™mes, magiques.

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